LA VRAIE HISTOIRE DE LA CRISTALLERIE BACCARAT

l'histoire et l'origine de la cristallerie de Baccarat

Au cours de sa longue existence, la cristallerie Baccarat a connu huit régimes politiques différents, trois guerres, trois invasions, quatre révolutions. La vieille manufacture est restée solidement assises sur les principes qui ont fait sa force : l'union, la prudence et l'audace. Retour sur la véritable histoire de la cristallerie Baccarat depuis ses origines.

La fondation de la verrerie Baccarat (1764-1765) :

Des nombreuses possessions de l’évêque de Metz, la plus méridionale, vers 1760, était la châtellenie de Baccarat. Baccarat était groupé tout entier sur la rive gauche de la Meurthe et n’avait que 800 habitants (aujourd’hui, plus de 4500).

Cette faible population s’explique par la pauvre nature du sol. En effet, la silice qui la constitue est impropre au blé et ne convient qu’au seigle, à la pomme de terre et aux forêts.

C’est bien ces forêts la principale richesse de la Lorraine, malgré les dégradations qui eurent lieu durant la Révolution (défrichement important). Cet espace forestier se retrouve tout au long de la couche de grès Vosgien. Voici l’une des principales raisons qui explique le développement des verreries en Lorraine.

À lire aussi : notre guide pour visiter les cristalleries de Lorraine.

Mais alors, quelle utilisation était faite du bois avant la création de la verrerie de Baccarat ?

L'utilisation du bois avant 1760 :

Première utilisation pour les scieries, la carte de la châtellenie au XVIIIe siècle nous en indique deux : la scierie de Voné et la scierie de la forge d’Evrard situées, l’une et l’autre, sur la Plaine.

Cette première utilisation ne suffisait pas à absorber la quantité astronomique de bois coupé.

Regardez :

Depuis toujours, le bois était le combustible par excellence. Ainsi, la quasi-totalité des bois disponibles était expédiée vers Rosières, dont les salines en avaient un grand besoin. En chiffre, il fallait, annuellement, environ 16000 cordes de bois, soit 53000 stères pour cuire l’eau salée et obtenir le précieux sel. 

Autre avantage, le transport :

Simple et efficace, on jetait au moment des hautes eaux (printemps et automne) le bois dans la Meurthe ainsi que dans de petites rivières afin de les acheminer dans les lieux désirés. Cette opération de flottage était appelée une “bolée.

Ce transport avait un avantage : le bois flotté perd une partie des sels métalliques et terreux qu’il contient et devient plus propre au chauffage.

Malheureusement, les eaux salées de Rosières se gâtèrent à la suite d’infiltrations de la Meurthe; leur exploitation n’était plus rentable. La saline ferme le 1er avril 1760.

Quels débouchés pour le bois après 1760 ?

L’évêque de Metz est inquiet, que faire de tout ce bois ? On ne pouvait pas l’expédier, la distance aggravant le coût du bois. 

Monsieur Louis de Montmorency-Laval décida d’installer, purement et simplement, une usine à feu dans sa châtellenie (les premiers verriers en Lorraine remontent au XVe siècle). Il existait trois sortes d’usines à feu compatible avec ses besoins :

  • La forge
  • La faïencerie
  • La verrerie

La première était à exclure, ne pouvant s’épanouir sur le minerai. La seconde était bien représentée dans la région, à l’image de Saint-Clément, Moyen et Niderviller.

On peut se demander pourquoi l’implantation d’une verrerie à la place d’une faïencerie, la raison se trouve peut-être dans l’ambition : les produits des verreries de la Souche s’exportaient jusqu’aux Indes orientales, alors que les faïences de Lunéville étaient seulement demandées sur le territoire français.

Une autre raison, donnée par l’évêque lui-même lors de sa requête au roi Louis XV :

« La France manque de verreries d'art et c'est pour cela que les produits de Bohême y entrent en si grande quantité, d'où il suit une exportation étonnante de deniers, à un moment où le royaume en aurait cependant un si grand besoin »

Évêque Louis de Montmorency-Laval Tweet

La création de la verrerie Baccarat :

Installer une verrerie à Baccarat semblait le meilleur moyen d’utiliser les produits de ses immenses forêts. 

Afin d’appuyer sa requête, l’évêque motive sa demande par des soucis d’ordre social (la misère des bûcherons) et d’ordre patriotique. La requête fut agréée par Louis XV en son conseil tenu à Fontainebleau le 16 octobre 1764.

Le chef-lieu de Baccarat fut choisi. La verrerie de Baccarat sera estimée par Lazowski, en 1785, le plus bel établissement de ce genre en Europe, avec celles de Saint-Quirin et de Saint-Louis.

L’évêque de Metz forme son équipe et s’attache d’un technicien capable de faire marcher l’usine, le choix se porta sur Antoine Renaut (de la verrerie de Saint-Quirin).

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histoire-cristallerie-baccarat

Le développement de la verrerie Baccarat (1766-1816) :

Avec des bases solides, l’histoire de la verrerie de Baccarat allait rapidement progresser. C’est ainsi que le creusement d’un canal est réalisé, afin de transporter le bois par flottage vers la manufacture.

En même temps, s’édifiaient les logements pour les ouvriers. Plus de 70 familles sont logées par la verrerie de Baccarat, ce qui est considérable pour l’époque. Baccarat sera pionnier dans cette politique sociale. Tous les logements avaient été construits dans l’enceinte même de l’usine.

Avec l’agrandissement des effectifs, il sera décidé de démolir les anciens logements de l’époque pour les remplacer par des constructions nouvelles. Ces habitations sont toujours occupées par les ouvriers de la cristallerie Baccarat.

Regardez :

habitation des verriers de Baccarat
Cité ouvrière de la cristallerie Baccarat

Durant cette époque, la fusion du verre pouvait survenir à tout moment, dépendant de nombreux facteurs tels que l’état du combustible ou de l’atmosphère. Lorsqu’elle était à point, on sonnait la cloche pour appeler les ouvriers au travail.

À lire aussi : notre guide de la cristallerie Baccarat.

Sous la révolution de 1789, les difficultés se font ressentir. Les matières premières sont rares, les réquisitions battent leur plein, le prix du bois augmente. Il atteint même le prix exorbitant de 11 livres la corde contre 6 en 1790.

La situation ne s’améliore pas, les commandes étaient si rares qu’il fallut vers 1811 éteindre deux fours sur quatre et ne conserver que 70 ouvriers sur 400.

Le 15 mai 1816, l’usine était vendue pour 862 hectogrammes soit 52 grammes d’or à d’Artigues. La cristallerie naissait.

Monsieur d'Artigues fondateur de la cristallerie Baccarat en 1817
Monsieur d'Artigues fondateur de la cristallerie Baccarat en 1817

La cristallerie Baccarat sous d'Artigues :

Spécialiste de l’industrie du cristal, d’Artigues était propriétaire de la Cristallerie de Vonèche.

Il se trouva, à la suite des traités de 1815 à la tête d’une industrie belge et dans l’impossibilité d’importer ses produits en France, à cause des droits de douanes élevés qui avaient suivi les traités. Il demanda donc à Louis XVIII de l’exempter des droits de douanes, ce qui fut accordé, à condition qu’il s’engageât à ériger une cristallerie.

La raison sociale chance et devient “Verrerie de Vonèche à Baccarat”

L’affait eut dès lors un beau départ puisqu’en 1817 la verrerie de Baccarat occupait 300 ouvres contre 60 en 1814. De nouveaux ateliers devaient être créés à l’image de la taillerie.

En raison d’une santé défaillante, d’Artigue décide de vendre Baccarat. Par acte du 7 janvier 1823, il vendait les verreries de Vonèche à Baccarat à tous associés pour la somme de 396 000 francs. Ces associés étaient Pierre-Antoine Godard, Lescuyer et Lolot, négociant à Charleville.

C’est à partir de ce moment que la cristallerie de Baccarat va connaître un développement spectaculaire !

La chapelle Sainte Anne a été construite en 1775 pour l’usage des ouvriers des Cristalleries.

Chapelle des ouvriers de la cristallerie Baccarat

La cristallerie Baccarat de 1823 à 1900 :

Ces nouveaux actionnaires eurent le mérite de comprendre que le premier facteur du succès était la perfection des produits. Les matières premières sont ainsi sélectionnées avec une grande rigueur.

Les premières productions concernaient le cristal blanc et l’opale, très à la mode. Service de table, de toilette, flacons de parfumerie, verres, candélabres, lustres

Baccarat est la pointe de la création et propose des nouvelles compostions telles que l’agate, l’albâtre, la pâte de riz. 

Mais un problème guettait :

Celui de l’épuisement des bois. L’industrie verrière s’était considérablement développée en Lorraine, puisqu’en 1838, on comptait, dans le département de la Meurthe, 3 salines, 150 brasseries, 150 tuileries, 7 verreries, 8 faïenceries et 2 forges qui consommaient une grande quantité de bois.

Il fallait économiser du bois.

On chercha à régulariser la température des fours par le séchage méthodique des bois d’égal longueur, mais ce n’était pas suffisant.

Les industriels de la région ainsi que Monsieur Godard se lancèrent à la recherche du charbon. Grâce à la voie ferrée, Baccarat fait venir du charbon pour alimenter ses fours.

Une autre avancée technique :

En 1824, un verrier du nom de Robinet invente une pompe qui porte son nom dans le but de ménager le souffle des ouvriers. Cette invention sera adoptée par toutes les verreries de France.

En 1836, la manufacture Baccarat afflue sous les commandes. À cette époque, on compte 900 ouvriers. Une nouvelle taillerie de 100 tours est construite.

La gravure à la roue était également forte à la mode à cette époque.  Ce genre de décor nécessite de la part de l’ouvrier une habileté et des connaissances qui font de lui un véritable artiste.

Certains graveurs s’apparentent à de grands peintres, nous citerons le graveur Simon, dont la réputation était mondiale.

verre baccarat par le maitre graveur Simon 1882
Verre Baccarat gravé par Simon, 1882

À partir de 1860, un événement, qui devait passer inaperçu du grand public, bouleversa complètement l’économie du pays. Il s’agit du traité de commerce anglo-français qui, en abaissant les droits de douanes, faisait un pas sérieux vers la doctrine du libre échange. 

La nature des choses allait obliger Baccarat à se lancer à la conquête du monde pour trouver une compensation à la diminution des affaires en France.

Les années 1870 marque l’époque des premiers fours Siemens; chauffés au gaz de bois provoquant une économie de combustible importante. Ils seront remplacés par les fours Boetius, chauffés à la houille. On produit plus et à moindre coût.

De New-York à Saint-Pétersbourg et de Madrid à Java, la cristallerie de Baccarat portait bien haut le prestige de la France. Elle ouvrait des comptoirs à La Havane, au Mexique, à Bombay …

En 1873, sept fours étaient en activité employant plus de 2000 ouvriers.

Ci-dessous, une vue d’ensemble de la cour des cristalleries de Baccarat vers 1885. Des orangers sont disposés devant le château, les nouveaux arbres sont naissants, les pelouses sont bordées, l’ensemble est d’une parfaite symétrie.

La cours des cristalleries en 1885

La Belle Époque :

Vers 1900, le monde semblait vivre dans une espèce dans une espèce d’euphorie et, lentement, le standard de vie montait.

Cette période marque l’apogée d’un mouvement artiste qui a bouleversé la société : l’Art nouveau. De 1900 à 1914, le chiffre d’affaires de la cristallerie Baccarat progresse de 25%.

À lire aussi : le guide de l’Art nouveau

Mais l’orage était proche.

La première guerre mondiale :

Des incidents trop fréquents laissaient penser que l’invasion était proche. Comme il était prévu, l’usine devint une branche importante des fabrications de guerre. Elle put, ainsi, conserver son personnel, son équipement et se relever très rapidement.

On réduisit simplement le nombre de fours, jusqu’à atteindre une seule unité et on attendit les événements. Ceux-ci furent vite tragiques : les Allemands envahirent Baccarat le 25 août, après avoir détruit par bombardement le four en activité et la pension des apprentis.

Dans ces jours d’occupations, la conduite de tous fut admirable par l’esprit de solidarité qui se manifesta. Le pain manquait, la misère menaçait, la cristallerie se mis à écraser le peu de blé qui restait dans ses moulins à écailles.

Le château était, dans ces jours malheureux, transformé en ambulance et de nombreux blessés français y étaient hospitalisés.

Après le départ des Allemands, l’usine devait rester quatre ans sous le feu de l’artillerie. Cette guerre laissa des dommages matériels et moraux immense.

cites ouvrieres de baccarat bombardees par les allemands
Les cités ouvrières bombardées et incendiées par les Allemands en 1914

Les 30 glorieuses :

Une grande période de prospérité suivire la grande guerre. Sa base reposait, sans doute, sur les besoins nombreux qui suivaient immanquablement quatre ans de privations, sans oublier la toute-puissance du crédit.

Le progrès industriel avait fait son chemin. L’ancien four Boetius est replacé par un four à gazogène, permettant une qualité d’un cristal supérieur. 

La cristallerie Baccarat se lançait alors dans l’Art moderne. L’exposition des Arts décoratifs en 1925, malgré ses excès, consacrait cette tendance de l’esprit nouveau et Baccarat, une fois de plus, y était classé hors concours.

À découvrir, nos bijoux Art déco.

La deuxième guerre mondiale :

De nouveau, Baccarat regroupa ses effectifs dès la mobilisation et reprit ses fabrications de guerre, jusqu’à ce que, le 17 juin 1940, l’usine fut envahie par l’ennemi et transformé en camp de prisonniers. Vingt mille prisonniers français y furent entassés.

Dix mille étaient déjà enfermés dans les casernes Haxo. La guerre était totale, l’activité de la cristallerie Baccarat ne pouvait être bien vue de l’adversaire.

Pendant les premières années, on arriva à vivre tant bien que mal, en camouflant le mieux qu’on put les fabrications de luxe.

La tentation était grande de fermer définitivement Baccarat. Les Allemands arrachèrent à leur travail une partie des ouvriers pour les envoyer en Allemagne. Il y aura au total 124 déportés.

La scène ci-dessous montre une sélection devant le château de prisonniers indigènes qui furent séparés des soldats métropolitains. Ils ne furent pas envoyés en Allemagne, mais parqués dans des “Frontstalag”  disposés un peu partout en zone occupée. Subissant la malnutrition et les corvées éreintantes, ils furent à partir de 1943, comble du malheur pour eux qui étaient venus défendre la France, surveillés par des gardes français.

baccarat-deuxieme-guerre-mondiale

La libération s’accompagne de la glorieuse division Leclerc, guidée par une héroïque jeune fille de Deneuvre, Mlle Reibe. L’officier allemand chargé de faire sauter le pont était tué au moment où il s’apprêtait à accomplir sa sinistre besogne. Ce fut le dernier acte du drame.

À lire aussi : l’histoire de l’église de Baccarat sous les bombardements.

La cristallerie Baccarat réussit à conserver un four en activité et tous ses atelier.

Texte issu de la plaquette éditée par les cristalleries de Baccarat, le 30 novembre 1951, sur les presses de l’imprimerie E.Desfossés-Néogravure, 17 rue Fondary à Paris.

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