Jeudi 26 février 2026, le couperet est tombé… du bon côté. Le tribunal de commerce de Val de Briey a validé le plan de continuation porté par Martin Pietri. À Longwy, la faïence peut continuer d’écrire son histoire commencée en 1798.
Publié ce 26 février 2026 à 17h07, le verdict était scruté avec fébrilité.
Le Tribunal de commerce de Val de Briey a validé le plan de continuation présenté par le président de la Manufacture des Émaux de Longwy, Martin Pietri.
La maison est sauvée.
Placée en redressement judiciaire à sa demande à la fin de l’année 2024, l’entreprise, forte de 36 collaborateurs et réalisant 2,1 millions d’euros de chiffre d’affaires, se trouvait dans une situation critique depuis plusieurs mois.
L’audience décisive s’était tenue le 19 février devant le tribunal de Briey. Il aura fallu patienter une semaine supplémentaire pour connaître l’issue.
« C’est la décision que nous attendions. C’est une excellente nouvelle, une étape qui nous donne l’énergie pour passer à la suite », a commenté Martin Pietri après l’annonce.
Des mots simples, mais lourds de sens pour cette maison fondée en 1798, au cœur de l’histoire industrielle lorraine.
Des repreneurs intéressés
Preuve que la Manufacture Longwy conserve un fort pouvoir d’attraction, deux offres de reprise s’étaient manifestées.
La famille George, originaire de Lorraine et réputée pour sa solidité financière, s’était positionnée.
Les deux filles d’Hervé Bauduin, ancien président de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) Lorraine, avaient également fait part de leur intérêt.
Finalement, c’est la voie du plan de continuation porté par la direction actuelle qui a été retenue. Un choix qui permet de maintenir la gouvernance en place et de poursuivre la stratégie engagée.
Comment la direction a redressé la barre
Face à l’urgence financière, la direction a pris une décision structurante : ouvrir le capital de l’entreprise à compter du 9 janvier 2026. Objectif affiché : financer le plan de continuation et, dans un second temps, moderniser l’outil de production.
Cette opération a permis de réunir 450 000 euros grâce à des investisseurs privés. Les montants engagés par ces derniers se situent entre 100 000 et 120 000 euros. Une bouffée d’oxygène déterminante pour consolider le dossier présenté au tribunal.
Jusqu’alors détenteur de 80 % des parts, Martin Pietri possède désormais 68 % du capital. Un rééquilibrage assumé, au service de la pérennité de l’entreprise.
Une maison de 1798 tournée vers demain
Fondée en 1798, en pleine période révolutionnaire, la Manufacture des Émaux de Longwy a traversé les siècles, les guerres et les crises industrielles.
Elle fait partie de ces maisons qui racontent la Lorraine autant que ses hauts fourneaux ou ses cristalleries.
Avec ses décors emblématiques et son savoir-faire unique, elle incarne une tradition artisanale qui a su séduire bien au-delà des frontières régionales. Mais comme tant d’acteurs du patrimoine industriel, elle a dû affronter les mutations économiques contemporaines.
La validation du plan de continuation marque donc un tournant. Elle ne gomme pas les difficultés passées, mais elle offre un cap. Modernisation de l’outil de production, consolidation financière, nouvelle dynamique capitalistique : les bases sont posées.
En Lorraine, nous savons que les plus belles réussites naissent souvent dans l’adversité. Longwy, ville fortifiée par Vauban et façonnée par l’acier, n’a jamais cédé facilement. Aujourd’hui, ce ne sont plus les canons qui grondent, mais les fours d’émaillage qui continuent de chauffer.
La Manufacture est sauvée. Et avec elle, un pan entier de notre mémoire régionale. Reste désormais à transformer l’essai pour que les émaux de Longwy brillent encore longtemps — peut-être jusqu’au tricentenaire de cette vénérable maison.



























