Quelle est l’histoire de la faïencerie de Lunéville ? Derrière cette question se cache un patrimoine lorrain d’une richesse exceptionnelle.
De la naissance d’une manufacture au XVIIIe siècle à la collection Réverbère Fin, c’est toute l’histoire de la faïence qui s’écrit ici.
Cap sur un savoir-faire qui fait rayonner la Lorraine depuis des siècles.
Une faïencerie fondée en 1730, au cœur de la Lorraine depuis le XVIIIe siècle
La faïencerie de Lunéville est aujourd’hui la plus ancienne encore en activité, fondée en 1730. Mais son histoire commence plus tôt, avec Jacques Chambrette.
Tout commence en 1711, à Champigneulles, lorsque le père de Jacques Chambrette fonde une première activité de faïence. Mais c’est bien son fils qui va donner une dimension exceptionnelle à cette aventure.
En 1722, Jacques Chambrette s’installe à Lunéville comme marchand. Un an plus tard, il devient fournisseur de la Cour : un privilège déterminant, qui pose les bases de ce qui deviendra l’une des plus prestigieuses faïenceries de Lunéville.
En 1730, il franchit une étape décisive : la manufacture de Lunéville est officiellement créée.
Nous sommes alors au cœur d’une Lorraine dynamique, où les arts du feu, verrerie, cristallerie, faïence, participent à un véritable essor économique et artistique.
Des privilèges ducaux à la reconnaissance royale
Le succès de la manufacture ne tarde pas à s’affirmer.
Dès 1731, Jacques Chambrette obtient des lettres patentes du duc François III et de la duchesse Élisabeth-Charlotte d’Orléans.
Ces privilèges sont loin d’être anecdotiques :
- liberté de s’approvisionner en matières premières
exonérations fiscales
Autrement dit, toutes les conditions sont réunies pour permettre à la fabrication de faïence de prospérer.
Mais l’ambition de Chambrette ne s’arrête pas là. Innovateur, il développe de nouvelles techniques de fabrication, notamment la « Terre de Lorraine » et la terre de pipe, qui permettent d’obtenir une faïence fine, blanche et élégante.
C’est aussi à cette période qu’apparaît la célèbre cuisson au réverbère, donnant naissance à des décors d’une finesse remarquable, base de la future collection Réverbère Fin.
Cette maîtrise technique lui vaut une reconnaissance majeure : en 1749, le roi Stanislas Leszczynski accorde à la manufacture de nouvelles lettres patentes.
La faïencerie devient alors Manufacture Royale.
Un titre prestigieux qui propulse les céramiques de Lunéville sur la scène européenne.
Expansion, stratégie et naissance d’un empire faïencier
Portée par cette reconnaissance, la faïencerie connaît une expansion rapide.
Les produits de la faïencerie s’exportent en Allemagne, en Italie, en Pologne et au-delà.
Mais un obstacle persiste : les taxes à l’exportation vers la France.
Pour contourner cette contrainte, Jacques Chambrette fait preuve d’un sens stratégique remarquable.
En 1756, il fonde une seconde manufacture : la faïencerie de Saint-Clément, située dans une zone plus favorable au commerce.
Ce choix illustre parfaitement la capacité d’adaptation des faïenceries de Lunéville face aux réalités économiques de l’époque.
À la mort de Chambrette en 1758, l’entreprise est reprise par son fils Gabriel et son gendre Charles Loyal.
Mais des tensions internes entraînent une séparation en 1763 : Lunéville et Saint-Clément poursuivent alors des trajectoires distinctes.
Crise, renaissance et apogée industrielle
La fin du XVIIIe siècle est plus difficile. En 1786, la manufacture de Lunéville, affaiblie, est mise en vente après avoir perdu une grande partie de ses effectifs.
Elle est alors reprise par Sébastien Keller, marquant le début d’un nouveau chapitre.
Sous son impulsion, puis celle de Keller & Guérin (K&G), la manufacture entre dans une phase de modernisation :
- acquisition de moulins à plâtre en 1787
- remplacement des fours à bois par des fours à charbon
- introduction de la décoration par transfert
industrialisation grâce à la machine à vapeur
arrivée de l’électricité en 1887
Au XIXe siècle, la manufacture emploie jusqu’à 1300 ouvriers. Elle devient un pilier industriel régional et un symbole du savoir-faire exceptionnel lorrain.
En 1892, les manufactures de Lunéville et de Saint-Clément sont réunifiées sous la bannière K&G, dominant alors le marché français de la faïence.
Une histoire de la faïence marquée par l’innovation
L’histoire de la faïence à Lunéville est indissociable des innovations techniques.
Parmi les techniques de fabrication emblématiques :
- la terre de pipe, une pâte fine et tendre
- un émail opaque et blanc imitant la porcelaine
- l’usage de fours à charbon au XIXe siècle
Mais surtout, la cuisson « petit feu » dans des fours à moufle permet le développement d’une technique de décor d’une grande finesse.
Ce savoir-faire exceptionnel positionne la manufacture comme un acteur majeur de la fabrication de faïence en Europe.
La collection Réverbère Fin : symbole du savoir-faire lorrain
La collection Réverbère Fin est directement issue de cette innovation technique.
Grâce à la cuisson petit feu, elle offre :
- un décor polychrome délicat
- des éléments décoratifs raffinés
- une grande finesse d’exécution
Toujours produite aujourd’hui, elle incarne la tradition de ses assiettes et des céramiques de Lunéville.
Elle fait partie des rares collections historiques encore disponible sur le site de la Maison Vessière détaillant officiel des faïenceries de Lunéville.
Quels sont les styles de faïence de Lunéville ?
Au fil des siècles, les styles évoluent et reflètent les tendances artistiques.
On retrouve notamment :
- le style Louis XVI, élégant et structuré
- l’inspiration végétale propre à l’art nouveau
- des formes géométriques issues de l’art déco
le décor polychrome caractéristique
Cette diversité fait de la faïence ancienne de Lunéville un véritable témoignage de l’histoire artistique française.



























