Années folles, une décennie d’ivresse (1919 – 1929)

histoire des annees folles une decennie d'ivresse

Le 14 juillet 1919 marque le grand défilé de la victoire française, de l’Arc de triomphe à la Concorde. Point de départ d’une décennie d’ivresse avant la gueule de bois. Paris devient le symbole d’une ville éclatante, tourbillon de plaisir et de fête. On veut oublier la guerre, vivre le moment présent, croquer la vie à pleines dents, comme si la paix n’était pas éternelle. Retour sur cette période d’avant-garde des plus éblouissantes, où le champagne coulait à flot.

Qu’appelle-t-on les Années folles, qu’est-ce que c’est ?

Cette période de l’entre-deux-guerre débute le 11 novembre 1918, suite à la signature de l’armistice, pour se terminer en 1929, au lendemain de la Grande Dépression (krach boursier de la Bourse de New York). 

Pourquoi les Années folles ?

Une ville, Paris, en sera la plus belle vitrine, cette fièvre qui l’embrasse n’aura de pareil. Montparnasse, quartier emblématique de cette période, sera le fidèle témoin d’une pléiade d’artistes, cinéastes, littéraires, nantis des beaux quartiers, ouvriers, aussi bien Français qu’Américains, Amérindiens, Russes ou Polonais.

L’heure est à la fête, un parfum d’insouciance envoutent chaque parisien, une liberté retrouvée bien trop longtemps confisquée.

Cette décennie de plaisir est un temps suspendu, un moment associé à l’art et à la fête, certes, mais également aux progrès technologiques, nous allons le voir.

La rue Montparnasse, 1920, Paris

Les Années 1920 au coeur de la ville lumière, Paris (France) :

Paris attire le monde comme un aimant. Dans les années 20, plus d’un million d’immigrés découvrent la France des Années folles, dont une part importante d’américains. Ces derniers débarquent dans la ville lumière, poussés hors des États-Unis par la prohibition et le puritanisme (doctrine religieuse). 

Les cabarets font carton plein, le dancing anime chaque soirée, les plus grands artistes se retrouvent autour d’un boeuf, la musique ne cesse d’enivrer les hommes de mode. Jamais on aura été si heureux de vivre. 

Un nouveau courant artistique s’impose, en complète rupture avec le foisonnement de l’Art nouveau, c’est l’Art déco. Repect des lignes, géométrie et simplicité caractérisent cette période d’abondance. 

L’architecture Art déco, qui exprime la structure du bâtiment au lieu d’insérer un décor végétal, voit le jour. Les étoiles du REX, le Palais d’Inea ou encore celui de Chaillot en sont les témoins. Cette période est une source d’inspiration pour nos bracelets Art déco, vitrine d’un savoir-faire verrier.

Découvrons ensembles les dates et événements qui ont marqué les Années folles.

Tout commence le 11 novembre 1918, Paris est en fête :

C’est la fin de la Grande Guerre, un conflit meurtrier qui opposa les alliés de la Triple-Entente (France, la Russie et le Royaume-Uni) aux alliés de la Triple Alliance ou Triplice (l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie).

Quatre années de souffrance pour le peuple français, un conflit qui provoqua la mort de plus de 18 millions de personnes dans le monde dont 1,7 million de français.

La signature de l’armistice de Rethondes marque la fin du conflit, la défaite de l’Allemagne et le retour à la paix. Les Parisiens pavoisent les fenêtres du drapeau bleu blanc rouge, déambulent dans les rues s’exclamant de joie.

L’expression du visage des soldats défilant sous l’Arc de triomphe contraste avec l’état de gaieté général et pour cause, Proust s’exclame dans une lettre “On pleure tant de morts qu’une certaine forme de gaieté n’est pas la forme de célébration qu’on préférerait”.

14 novembre 1925, première exposition des peintres surréalistes :

Le surréalisme est nouveau. Ce mouvement artistique, transdisciplinaire, utilise toutes les formes psychiques (rêve et inconscient) dans son expression.

Il touche toutes les formes de création (peinture, dessin, musique, cinéma, littérature) et illustre la puissance onirique.

André Breton en sera le chef de file, premier artiste à décrire le mouvement dans son manifeste du surréalisme.

La première exposition a lieu 13 rue Bonaparte, organisée par la galerie Loeb. Elle réunira Max Ernst, Man Ray, Giorgio De Chirico, Pablo Picasso, sans oublier André Breton et le poète Robert Desnos, le surréalimse au grand complet.

17 mai 1927, inauguration des décorations murales, sur le thème des Nymphéas, de Claude Monet :

Georges Clemenceau propose à son grand ami, Claude Monet, d’exposer son ensemble “Les Nymphéas”, qu’il avait commandé en 1916, à l’Orangerie des Tuileries. Les huit panneaux sont installés par l’architecte Camille Lefèvre, au rez-de-chaussée du musée, offrant une large façade vitrée sur le versant sud. 

L’ensemble sera nommé la « Sixtine de l’impressionnisme », selon l’expression du peintre André Masson.

Ce courant artistique, se caractérise par la représentation des impressions fugitives, la fluidité des mouvements. Monet nous partage ici son impression inspirée de l’étang de sa maison de Giverny, plutôt qu’une réalité.

En 2015, après six années de travaux, le Musée national de l’Orangerie est de nouveau ouvert. Une autre partie des Nymphéas est exposée au Musée Marmottan-Monet à Paris.

Claude Monet, Les Nymphéas

21 mai 1927, l’Américain Charles Lindberg, aviateur, réalise un exploit !

En cette soirée du 21 mai 1927, Charles Lindberg rejoint Paris à vol d’avion depuis New York, sans escale. Parti la veille, le jeune pilote a voyagé seul durant plus de 33 heures, luttant contre la pluie, le froid et la fatigue, avec comme seule nourriture, deux bananes et une plaquette de chocolat.

C’est un exploit pour cet employé de l’US Postal, qui se verra gratifier d’une somme de 25000€. Mais là n’est pas la plus belle récompense.

À son arrivée, ce n’est pas moins de 150 000 parisiens qui l’attendent, yeux rivés vers le ciel, dans l’espoir d’être le premier à découvrir le “Spirit of St.Louis” traversant l’épais brouillard.

Il lui aura fallu survoler à trois reprises l’aérodrome avant son atterrissage. Cela ne fait aucun doute, il s’agit bien de lui. Un brouhaha croissant grandi dans la foule, c’est lui, c’est lui !

À 22h20, une marée humaine s’empare du Spirit qui atterrit au Bourget sous le halo des projecteurs. La célébration va durer six jours, digne du Paris des Années folles.

Lindberg est reçu comme un prince dans les plus beaux endroits de Paris, chacun voulant salué le héros transatlantique. Où qu’il aille, la foule acclame et embrasse ce beau blond qui fait chavirer les coeurs.

RetroNews.fr – L’aviateur Américain Lindbergh a traversé l’atlantique

18 avril 1934, la première voiture dépassant les 100km/h, une citroën :

André Citroën, dans son immense usine, est fier de proposer son tout nouveau modèle à traction avant, la type 7A. Elle sera la voiture de référence durant les Années folles.

Ses performances dépassent en tout point celles de ses concurrents : elle ne pèse que 900kg, consomme peu, et file à plus de 100 à l’heure ! (106 exactement).

Citroën Type 7

Elle annonce l’arrivée de la vraie voiture, mettant un terme aux carrioles sans chevaux. Les routes s’agrandissent, se modernisent, accueillant un nombre grandissant de quatre roues.

Les années 20 marquent l’enfance, les bréviaires de l’industrie automobile, telle que nous la connaissons aujourd’hui, notamment avec Heny Ford et son modèle T, conçu sous un principe de production standardisée de masse. La division du travail va alors conquérir le monde et s’imposer dans les usines.

La voiture s’allonge, se modernise, habillé d’un long un capot protégeant des moteurs toujours plus puissants. L’achat d’une belle voiture s’accompagne d’un passage obligé chez le grand verrier René Lalique, afin d’orner la calandre de son bolide d’une mascotte Art déco : la plus célèbre sera sans doute Victoire, notre préférée.

1er mai 1937, lancement de l’Exposition internationale :

La dernière Exposition internationale des arts et des techniques appliquées à la vie moderne prend place à Paris, organisée par le Front populaire de Léon Blum.

Ces expositions, de loin similaires aux actuelles foires de Paris, présentaient un aimable mélange de produits agricoles, d’inventions, d’objets d’art et de bibelots venant des quatre coins du monde.

Ces événements, commandités par le pouvoir, sont avant tout la manifestation d’un acte politique. Derrière se cache une lourde charge symbolique. Ce qui est sûr, c’est que l’innovation et l’enthousiasme présidaient chacune d’elle.

Le programme était ouvert. Chaque nation était libre de présenter ce que bon lui semblait, dans un pavillon qu’il édifiait sans autre contrainte que l’espace qui lui était accordé. Ces pavillons, pour la majorité faits de matériaux souples (de bric et de broc), étaient destinés à être détruits. Certains, de magnifiques édifices faits de brique, sont conservés et témoins de l’Histoire. 

Cette dernière Expositon marque un tournant, elle exclut les pavillons traditionnels sur l’artisanat et l’industrie au profit d’un concours architectural.

Pour l’événement, l’état passe commande de cinq pavillons à Robert Mallet-Stevens, dont celui de l’Hygiène, de la Solidarité nationale, de l’Électricité et de la Lumière. Parmi eux, le nouveau palais de Chaillot (dans le 16e arrondissement) et le musée d’Art moderne en sont les témoins. 

Plus de 40 millions de visiteurs découvrent les quarente-quatre nations invitées. Ce sera la dernière Exposition qui sonne le glas d’un temps révolu, lorsque la télévision, la grande diffusion de l’information et les congés payés, relèguent en second plan ces événements culturels du monde.

Cartes de l’Exposition internationale de 1937, Paris

Les fêtes inoubliables de Paul Poiret, symbole de la mode Parisienne :

Libérant la femme du corset, créateur de la robe taille haute, formé par Charles Frederic Worth, père de la haute couture, Paul Poiret impose son style, simple et épuré. Son épouse, Denise, sera son mannequin préféré, la nouvelle reine de la mode parisienne.

Son style Art déco et audacieux à l’instar de la jupe-culotte participe à l’émancipation de la femme, n’en déplaisent aux conservateurs.

“Poiret le Magnifique” s’impose dans la mode à travers une judicieuse idée, organiser d’inoubliables soirées où le Tout-Paris se rencontre. C’est un coup de génie !

En 1911, ce couturier-parfumuer présente “Les Parfums de Rosine” en l’honneur de sa fille. Ils sont distribués gratuitement lors de ces folles soirées, où Poiret triomphe, habillant les comédiennes les plus en vue du moment (certaines de ses créations sont exposées au Musée du flacon de parfum à Baccarat). 

Oui, Paris est une fête, et Paul Poiret en sera l’un des grands chefs d’orchestre. Ses soirées costumées célèbrent autant la paix que la prospérité retrouvée.

L’ambiance de la fête parisienne est décadente. Chacun se retrouvent, artistes, nantis, gents de la haute, bouteille de champagne dans une main, coupe en cristal dans l’autre, autour d’un piano. On chante, on danse, on oublie les horreurs du passé. 

Les fêtes de Paul Poiret se déroulaient dans son jardin, avenue d’Antin, sous un immense dôme en toile.

“Les Nouveaux Riches”, thème de l’une de ses plus fastueuses soirées, marqua le Tout-Paris. On y dégustait des huîtres, qui cachaient en chacune d’elles un collier de perles, véritable trésor pour Mesdames. L’Art de la table, au summum de l’élégance, affichaient bougeoirs en cristal, verres de la cristallerie Baccarat, et seau à champagne pour l’un des breuvages préférés de Paul Poiret, le champagne Charles-Heidsieck

Plus fou encore, des amas de louis d’or trônaient sur la table. L’époque a bien changé !

Les Parfums de Rosines, Paul Poiret
Parfums de Rosine, Paul Poiret

Les Années folles en musique :

La musique des Années folles est indissociable d’une profusion de champagne, frénésie d’une sorte de carnaval quotidien. Partout, on retrouve la danse. Le piano est un moyen où s’insinue le rythme, le jazz, le swing, et même les rythmes africains

Le monde nouveau bouge à travers un foisonnement de vie. Les plus grands musiciens, artistes, se retrouvent au boeuf sur le toit (28, rue Boissy-d’Anglas), un lieu magique, réputé pour ses improvisations autour du Jazz.

Les artistes des Années folles forment une famille :

Stravinski, Ravel, Chaplin, Coco Chanel, Picasso, Éric Satie, Max Jacob, Jean Cocteau, Paul Poiret sont de la partie.

À l’origine, le boeuf sur le toit (anciennement le Gaya) est le nom d’un mimodrame, genre de spectacle sans parole que Jean Cocteau a l’idée de créer.

Cette maison est devenue une enseigne culte de la musique des années folles. Aucun programme n’était préétabli ! L’expression « faire un boeuf », nous vient de ce lieu de prestige, le dernier arrivé prenait place au piano, à l’improviste. Un vrai bouillon de culture qui semble n’être plus qu’une fiction à ce jour.

Les femmes dansent, le cabaret des Années folles est en pleine effervescence :

Paris, depuis la fin de la guerre, est épris de danse. Le soir venu, poètes, photographes, artistes, intellectuelles, étudiants s’emparent de la rue.

La fête n’est pas réservée qu’au week-end, loin de là. Toute la semaine, on danse dans les dancings, mais aussi dans les tea-rooms, les casinos, lors des entractes des pièces de théâtre …

Et pour ceux qui n’ont pas de compagnon, pas de panique, un danseur mondain est toujours présent dans ces lieux de plaisir. Le concept est simple, le danseur, bien apprêté, invite ces dames à danser, récoltant pourboires et faveurs.

On se retrouve dans les cabarets parisiens, chacun ayant sa propre vedette. La chaleur monte, les danseuses à plume réalisent des numéros fantasmagoriques, des femmes nues, emplumées, perlées, règnent dans les cabarets. Le corps de la femme se dévoile, tout en subtilité pour ne pas choquer les moeurs.

Deux endroits dans Paris se disputent la vedette, la butte Montmartre avec le Moulin-Rouge, et la place Pigalle, tout aussi sulfureuse. Ces lieux sont un centre de la nuit parisienne, où les corps et les esprits se libèrent.

Pour aller plus loins, découvrez l’oeuvre de PIGALL’S de Pierre Sicard.

Le PIGALL’S de Pierre Sicard

Le Charleston des Années folles :

Des nouveaux rythmes venus d’outre-Atlantique enchantent les Parisiens. Parmi la java, le tango, le fox-trop, le Charleston est sans doute la danse porteuse de tout l’imaginaire des Années folles.

C’est une première, l’homme et la femme dansent côte à côte, ou face à face, sans se toucher. Apparut en 1925, il sera popularisé par le duo formé d’Annette Mills et de Robert Sielle. 

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