LA VIE DE VERRIER (DU MOYEN ÂGE À AUJOURD’HUI)

illustration des premiers verriers du 15e siecle

Je vous propose un retour 500 ans en arrière. Saviez-vous que les premiers verriers étaient nomades, voyageant au grès des ressources, au coeur des forêts ? Aujourd'hui, le métier de verrier a bien évolué. Voici son histoire au fil des siècles.

La verrerie, un art ancestrale :

L’histoire du verre a près de 5000 ans ! Son évolution est le résultat des différentes techniques de fabrication des artisans du feu que sont les maîtres verriers.

L’histoire des prémices de l’art verrier nous vient d’une légende, romancée par Pline l’Ancien (écrivain latin) : des marchands venant tout droit de Phénicie amarrèrent un soir sur une plage abandonnée. Lors de la préparation de leur repas, l’un des marins prit des pains de nitre afin de surélever la marmite du sable de la plage. À la fin du repas, ils découvrirent un mélange visqueux, rouge, c’était le verre en fusion !

Quoi qu’il en soit, vingt siècles avant notre ère, les égyptiens savaient déjà produire des pâtes de verres multicolores pour la réalisation de magnifiques bijoux.

Ce n’est pas tout :

L’Art verrier s’épanouit tour à tour en Orient et Occident. Damas sera un haut lieu du verre, puis ce sera au tour de Venise. La qualité de travail des verriers de Bohême va ensuite surpasser toutes les autres verreries. Au XVIIe siècle, la découverte du cristal par les Anglais redistribue les cartes. Enfin, Saint-Louis sera la première verrerie d’Europe continentale à mettre en place la formule du cristal.

Depuis ce jour, la France est fière de compter parmi ses rangs les meilleurs verriers au monde, ainsi que les plus illustres cristalleries.

À lire aussi : notre guide des plus belles cristalleries de Lorraine.

peinture sur huile artisan verrier
Le verrier coupe le cristal en fusion à l'aide d'un ciseau
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La vie de verrier au Moyen Âge :

Les premières verreries de Lorraine remontent à 1373. Cette période coincide avec celle des premières vitres aux fenêtres. Le verrier était pauvre, mal vêtus et avait généralement une famille nombreuse.

La vie était rude, le verrier du Moyen âge travaillaient 12 heures par jour, six jours semaine. Le savoir-faire se transmettait de père en fils, comme c’est encore le cas aujourd’hui (nous découvrirons les différentes formations de verrier en fin d’article).

Le verrier était polyvalent, accomplissant toutes les tâches en amont et aval de la production de verre : cueillette des fougères, empaquetage, enfournage, travail de la matière jusqu’au produit fini.

Ici, deux verriers travaillent en équipe

Des artisans de verre nomades, homme des bois :

Le verrier était nomade, dépendant d’une ressource indispensable : le bois. Ainsi, le maître verrier et sa famille s’installaient à proximité de grandes forêts verdoyantes. Il construisait dans la clairière proche son habitation (les houlettes, des sortes de huttes en bois) et ses différents entrepôts afin de protéger le four et stocker le bois, essentiellement du chêne et du hêtre.

Le four était le centre de toutes les attentions. Il fallait porter la matière visqueuse à plus de 1300-1400°C et surtout la maintenir. Imaginez la difficulté de l’opération, et le bois nécessaire à son alimentation : les fours étaient en activités pendant 12 à 15 mois, sans aucune interruption.

Le four du verrier du Moyen Âge était constitué de deux parties, en argile réfractaire cuite. La partie du bas recevait le bois, celle du haut recevait les “pots” contenant la matière en fusion. Le verrier déménageait tous les six à huit mois, une fois les ressources en bois épuisées.

Mais pourquoi ?

Le calcul est simple. Le coût du transport du bois était bien supérieur à celui de la construction des habitations. Cette contrainte a été étudiée en amont de l’établissement d’une verrerie. Ce fut le cas de la cristallerie de Baccarat, installée près de la Meurthe, permettant d’acheminer le bois par flottage.

Du XVe siècle au XIXe siècle, le bois occupe une place prépondérante dans l’économie de chaque pays. La plupart des pays d’Europe traversent des difficultés d’approvisionnement. Le bois est alors utilité pour la construction et le chauffage, le développement industriel s’allient à l’explosion de la demande domestique pour renforcer la pénurie. Cette pénurie sera résolue par l’idée de Jean Rouvet, marchand parisien, qui en 1549, aurait organisé l’expédition des bois sur l’Yonne et la Seine.

Très vite, les verriers seront surnommés les “gouffres à feu”. Les chiffres communiqués sur la consommation de bois sont effarants : 8000 stères de bois par an pour Hochberg, 11200 pour Meisenthal, 24000 pour Saint-Louis !

Illustration du flottage de bois sur la Seine

Le verrier fabriquait ce qu'on appelle du "verre de forêt" :

Les premières créations des verriers avaient une couleur verdâtre, d’où le nom de verre de forêt. Il ne deviendra incolore qu’à la fin du XVe siècle.

Les techniques de fabrication étaient sommaires, les produits n’étaient pas encore moulés. Les verriers fabriquaient des chopes en verre verdâtres accompagnées de différents cercles de verre indiquant pour chacun un niveau. L’usage du verre à boire était collectif, chacun buvait tout à tour.

Il ne faut pas confondre le verre de forêt avec le verre de fougère. Le verre de fougère apparait à la fin du XVIIe siècle, ce verre incolore avait généralement des parois très fines.

La fougère était un grand allié des verriers. Lors de la fabrication du verre, afin d’abaisser la température du point de fusion, on ajoute des fondants. Il s’agit de la soude ou de la potasse. La potasse est issue de la cendre de fougère, en abondance dans les forêts Lorraines. La qualité finale du verre dépendait grandement de celle des salins.

Le temps de fabrication de ces salins était considérable (récolte et séchage des fougères pendant 12 jours, brulées dans un récipient métallique, puis exposées dans un four de recuisson pendant 6 heures).

verre de fougère moyen age
Verre de fougère datant du XVIIIe siècle

Les gentilshommes verriers :

Lors de la guerre de Cent Ans, la verrerie connait un essor important. La raréfaction de l’or et de l’argent pousse le roi Charles VI (1380 à 1422) à accorder des privilèges jusque là réservés à la noblesse.

En 1448, Jean de Calabre, gouverneur des duchés de Lorraine, octroya aux verriers une charte les assimilant aux nobles de races, leur accordant les mêmes droits. Les souverains prennent alors conscience de l’importance de l’industrie du verre, et surtout de son potentiel. L’expansion des verreries en Lorraine relève énormément d’un enjeu stratégique initié par les différents souverains.

Ainsi, les artisans verriers “gentilshommes” portait l’épée. Mais ce n’est pas tout, ils avaient également le droit de pêcher et chasser. On leur accordait des parts de forêt, indispensable à leur activité. Ils pouvaient ainsi défricher et prendre tout le bois nécessaire à la combustion des fours, mais aussi à l’édification de leur maison et entrepôt.

Mais attention :

Au XVIIIe siècle, il y avait un arrangement avec les seigneurs. Un bail à terme était conclu entre les deux parties. Ainsi, le seigneur concédait souvent sur une durée de 30 ans le bois et le sable, à titre gratuit. En retour, à la fin de ce bail, le verrier n’avait aucune certitude sur la propriété des bâtiments et installations qu’il avait construit. La verrerie de Meisenthal, fondée en 1702, est issue de ce type de contrat.

Un autre contrat, bien plus profitable au verrier, lui laissait la propriété de ses biens en échange du versement de 250 florins et d’un milliers de pièces de verre.

Pour la noblesse issue de robe et d’épée, cette qualification de gentilshommes verriers avait un sens de mépris. Malgré sa pauvreté et sa précarité, le verrier pouvait être fier, seul habilité à souffler le verre.

tailleur sur cristal
La taille du cristal est réalisée à l'atelier à froid

L'évolution de la qualité du verre :

Peu à peu, la qualité du verre s’améliore, les techniques avec. Les premiers moules à bois “fermés” permettent de créer des pièces plus raffinées. Ensuite, une meilleure maitrise de la température des fours conduit à une meilleure qualité.

Le bois comme combustible est remplacé par la houille, les creusets triple rapidement de volume. On prête une attention particulière à la qualité des matières premières. On voit apparaître les premiers verres à jambe, conséquence de l’influence des verreries vénitiennes et bohémiennes.

Le cristal fait son apparition en 1676 en Angleterre. Georges Ravenscroft décida d’ajouter de l’oxyde de plomb à la pâte de verre. Il obtient pour la première fois un verre d’une qualité supérieure, le cristal au plomb. 

Le verrier était rémunéré au rendement :

Afin d’accroître la productivité du verrier, les dirigeants des verreries du XIXe siècle décidèrent d’opter pour un mode de rémunération au rendement

Cette nouvelle notion de “rendement’ s’explique par l’essor industriel, les avancés techniques et l’extension du marché du verre. La concurrence était rude.

C’est ainsi que les verriers se spécialisèrent. Diviser le travail afin d’éviter toute perte de temps, une stratégie intervenue bien avant l’organisation scientifique du travail de Taylor pour l’usine Ford. Chaque verrier doit être formé à la meilleure méthode de travail possible.

Cette méthode de travail au rendement touchait toutes les étapes de fabrication, du travail à chaud au travail à froid. Très vite, les perdants et les gagnants sont désignés. Le verrier, perdant, rencontrait alors son pire ennemi qui allait sévir pendant plus de 100 ans. 

Il fallait produire plus, et mieux ! Les malfaçons n’étaient pas payées, et il y en avait beaucoup à l’époque suivant les aléas de la fabrication: bouillons (bulles d’air), cordes ou cheveux d’ange qui courraient dans la matière, ou encore les cailloux, de minuscules grains de terre réfractaire.

Quoi qu’il en soit, les verriers travaillant pour Saint-Louis, Saint-Quirin et Saint-Anne (Baccarat) sont bien rémunérés, presque trois fois plus que ceux qui oeuvrent en ville.

Aujourd'hui, comment devenir maître verrier ?

Pour devenir maître verrier, la voie royale reste l’apprentissage aux côtés des meilleures verriers. 

Le CERFAV (centre européen de recherche et de formations aux arts verriers), propose quatre formations en alternance étalées sur deux ans. L’objectif, maîtriser la technique, les règles de l’art, ainsi que connaître les courants artistiques tout en devant s’intégrer dans une équipe de travail.

Au choix, CAP art du verre et du cristal, CAP art et technique du verre option décoration, CAP art et technique du verre option vitrail, CAP souffleur de verre option verrerie scientifique.

Il est ensuite conseillé de réaliser un BMA (brevet des métiers d’art), afin de se spécialiser comme souffleur de verre, ou comme dessinateur en arts appliqués option verrerie cristallerie.

5 maîtres verriers célèbres :

Les maîtres verriers qui ont marqué l’histoire de la verrerie d’art sont tous issus de la même période : l’Art nouveau. Ce foisonnement décoratif s’accompagne d’une grande expansion économique. La verrerie d’Art, surtout Lorraine, a pleinement profité de cet enthousiasme. 

Antonin Dam :

Responsable du département artistique de la manufacture Daum, ses créations en verre multicouche sont typiques de l’École de Nancy. Les décors naturalisme des vases Daum sont sublimés par une technique d’une grande qualité. Il sera l’un des premiers verriers à habiller le verre de lumière. Aujourd’hui, la manufacture Daum poursuit son activité à travers la création d’oeuvres en pâte de cristal.

Émile Gallé :

Chef de file de l’Art nouveau, Émile Gallé est l’un des verriers les plus reconnus. Son oeuvre, aussi bien artistique que scientifique, a révolutionné les arts décoratifs. C’est un véritable emblème de la verrerie d’art Lorraine. Ses oeuvres de marqueterie sur verre sont des chefs-d’oeuvre que les collectionneurs s’arrachent.

À lire aussi : 20 faits surprenants de la vie d’Émile Gallé.

René Lalique :

Créateur du bijou moderne, René Lalique est passé à égal talent de l’Art nouveau à l’Art déco. Joaillier innovant, il se consacrera au verre durant la deuxième partie de sa vie. Sa spécialité, le verre opalescent, satiné-repoli. Aujourd’hui, le nom Lalique rayonne aux quatre coins du monde à travers les bijoux, la joaillerie, la décoration, l’architecture, les parfums, et enfin les Hôtels & Restaurants.

Muller Frères :

Un fratrie de 10 enfants que fera la force de ces verriers. Le nom “Muller Frères” est une signature prestigieuse de la verrerie d’art. Formés par le grand maître Gallé, les frères Muller vont s’installer à Lunéville et Croismare où ils vont fonder leur propre cristallerie.

À lire aussi : La Succes story des frères Muller.

Legras :

Terminons par Legras, artiste verrier de talent qui ne sera que très tard reconnu par ses pairs. Il sera à la tête d’une des plus grandes verreries de France, la verrerie de la Plaine Saint-Denis.

Son amour pour la nature s’illustrera dans ses futurs créations verrières, Legras s’inspire de la faune, de la flore, mais surtout des paysages forestiers qu’il aime tant.

À lire aussi : Vrai ou faux vase Legras ?

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