Les 10 secrets de la Villa Majorelle à Nancy

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Après 2 520 000€ de travaux, la Villa Majorelle ouvre ses portes. Formidable porte d'entrée d'exploration du Nancy Art Nouveau au début du XXe siècle, pour un voyage des plus émouvants. Véritable manifeste de l'École de Nancy, la maison Majorelle est la première demeure entièrement Art nouveau de Nancy. On y découvre l'intime du célèbre ébéniste Nancéien, tel qu'il y a vécu avec sa famille jusqu'en 1926.

La Villa Majorelle, une architecture et intérieur typiques de l'Art nouveau français :

Avant de pénétrer dans ce véritable chef-d’oeuvre du début du XXe siècle, il convient de rappeler ce qu’est l’Art nouveau.

Ce mouvement artistique est né au début des années 1890 pour s’éteindre avant que la ligne se redresse dans les années 1920. C’est une révolution, un renouveau, qui n’aura aucun lien avec les styles du passé.

Ce foisonnement décoratif puise son inspiration dans la beauté de la nature, une expression rythmique et colorée privilégiée dans ce domaine. De l’architecture au mobilier, de la verrerie à la joaillerie, des arts graphiques à la réclame, personne n’échappe à l’ornementation. Cet art dit total s’illustre de courbes et d’arabesques, d’un savant mélange de faune, de flore, de féminité.

Un art total, un art pour tous. En effet, ses instigateurs, à l’image d’Émile Gallé et de Victor Prouvé, désiraient l’offrir au plus grand nombre, passant par une production semi-industrielle.

L’ensemble de ces artistes souhaite rénover le cadre de vie de leur époque. Ensemble, ils vont alors créer une alliance, dans un but précis : concurrencer les productions à bas prix des voisins allemands, et participer à une plus large diffusion des œuvres Lorraines.

Pour cela, les artistes nancéiens affichent sans peur leur lien avec l’industrie.

Une demeure, manifeste de l'École de Nancy :

C’est ainsi qu’en 1901 né l’École de Nancy, ou Alliance provinciale des industries d’arts, un regroupement d’artistes et d’industriels désireux de travailler ensemble à la défense d’intérêts communs.

Cette alliance entre artisan et industrie est une des caractéristiques de l’École de Nancy, qui se différencie du mouvement Arts and Crafts prônant un travail entièrement artisanal.

Ainsi, les ateliers des grands artistes comme Gallé, Louis Majorelle, Antonin Daum ou encore Vallin ont contribué à la reconnaissance internationale du foyer artistique Lorrain.

La villa Louis Majorelle est une parfaite illustration de cette période artistique qui a marqué l’histoire de la ville de Nancy, considérée comme le berceau de l’Art nouveau.

Il ne faut pas oublier le rôle économique de première importance de la production d’objet d’art dans le paysage lorrain.

Une balade dans les rues de Nancy illustre ces propos, en y regardant de plus près, avec attention, on s’aperçoit de nombreux vestiges Art nouveau qui ont façonné la puissance économique de Nancy.

Pour en savoir plus, je vous invite à lire notre billet qui présente une visite insolite de Nancy « l’Art nouveau au cœur des affaires ».

La Villa Majorelle à Nancy (France) rouvre ses portes après 4 ans de rénovation :

Également dénommée Villa Jika, du nom de son épouse, Jeanne Kretz, la villa Majorelle, propriété de la ville de Nancy depuis 2003, fait peau neuve. Une première rénovation en 2016 concernait les façades, balcons et extérieurs.

La deuxième opération est bien plus complexe. Afin de la restituer dans sa forme la plus originelle, un savant travail de recherche a été exécuté sous la gouverne d’expert de l’École de Nancy et de Valérie Thomas, la conservatrice en chef du patrimoine du Musée de l’École de Nancy.

C’est au total près de cent pièces de mobiliers, peintures et objets d’arts issus des collections du Musée de l’École de Nancy qui sont aujourd’hui présentées dans la villa.

En savoir plus sur le Musée de l’École de Nancy.

« Avant de faire les travaux, nous avons effectué d'innombrables sondages pendant un an pour compenser le peu d'archives dont nous disposons »

Camille Gerome-André architecte du patrimoine de l'atelier Grégoire-André de Nancy Tweet

L’atelier Grégoire-André de Nancy (architecture et patrimoine) fut choisi pour les travaux d’études et de restauration intérieur qui ont nécessité deux années de travail.

Chaque détail a été travaillé, sublimé, offrant une immersion totale au sein d’une époque révolue : recherche des motifs végétaux originaux, fresques restituées, vitraux réparés, parquets poncés sans oublier une bonne couche de peinture neutre afin d’éveiller la luminosité perdue de la maison Majorelle.

Ce travail de titan n’est pourtant pas terminé. Une dernière phase de réhabilitation est prévue en 2021 -2022, avec la création d’espaces pédagogiques, ainsi que la rénovation de l’atelier de Louis Majorelle qui cache une superbe verrière et une charpente en coque de bateau.

Le week-end inaugural de réouverture de la villa Majorelle le 15 février était très attendu, les visiteurs ont pu découvrir la restitution à l’identique du vivant de Majorelle, après plus de 2 520 000€ de travaux.

Sous un beau soleil, la villa a été prise d’assaut par les visiteurs, un succès prometteur pour ce fleuron de l’Art nouveau. Profitez également des journées patrimoine afin de programmer une visite gratuite.

Louis Majorelle avait commandé cette villa au jeune Henri Sauvage en 1889 :

Henri Sauvage est né en 1873, ce jeune artiste va en quelques années devenir l’un des pionniers de l’architecture du XXe siècle.

Construite entre 1901 et 1902, cette grande demeure de 400m2 fut édifiée en bordure de Nancy. À l’origine, la Villa Majorelle était au cœur d’un parc d’un hectare, adossée aux ateliers de fabrication de meubles de Louis Majorelle (nous allons le voir plus tard).

Cette maison occupe une place de la plus haute importance au cœur de Nancy, c’est la première maison Art nouveau, qui respecte à la lettre la définition de cet art : un art total, où rien n’est laissé au hasard.

On peut ainsi imaginer les clients de Louis Majorelle visitant les ateliers ainsi que la Villa afin de négocier les contrats, dans le show-room vivant du créateur ébéniste.

Admirez cette incroyable rampe d’escalier, dessinée par Henri Sauvage et exécutée par Louis Majorelle, elle exprime à merveille la force de la croissance du lierre dont le feuillage diminue au fur et à mesure que l’on s’élève.

Une maison bourgeoise vitrine des artistes Lorrains :

De nombreux artistes ont participé à l’élaboration de ce manifeste artistique. Bien entendu, les artistes membres de l’École de Nancy font légion.

Cependant, sa construction s’opère bien avant la reconnaissance d’un foyer nancéien dans le domaine des arts décoratifs, qui intervient en 1894. Seuls quelques artistes à l’instar d’Émile Gallé étaient déjà reconnus pour leur travail.

La visite de la villa Majorelle offre une immersion dans le Nancy 1900, celui de la Belle Époque, caractérisé par une insouciance, une expansion, une croissance économique et sociale. Une époque nostalgique d’un temps rêvé.

Typique du mouvement Art nouveau, les œuvres architecturales étaient conçues comme un ensemble, où chaque élément, qu’il soit décoratif ou architectural, se devait d’être en relation avec le reste de l’édifice.

On y découvre la notion d’unité d’art. Lors de la visite de la villa Majorelle, certains pourront contester l’idéal social prôné par l’Art nouveau « un art accessible à tous » au vu des nombreux chefs-d’oeuvre, à l’instar du mobilier.

Cependant, il n’en est rien. L’intérieur de la villa Majorelle présente des pièces uniques qui cohabitent avec les pièces de grandes séries, où des techniques plus économiques comme l’étamage (traitement de surface qui consiste à appliquer une couche d’étain sur une pièce métallique) et les pochoirs sont utilisées.

La success story de Louis Majorelle, de 20 employés à plus de 250 :

Louis Majorelle vient d’une grande famille de sept frères et sœurs, dont il est l’ainé. Il grandira dans un milieu familial fécond, un père artiste, commerçant de meubles et d’objets d’art.

L’expression artistique naît dès son plus jeune âge. Louis Majorelle étudie à l’École des Beaux-Arts de Paris. Suite au décès de son père, il est contraint de venir en aide à l’entreprise familiale. Il reprend le commerce familial aux côtés de sa mère et de son jeune frère.

Le succès sera immédiat sous le génie artistique de Louis Majorelle. La petite entreprise familiale passe rapidement de 20 à plus de 250 employés. La notoriété de Majorelle grandit à mesure que de nouvelles boutiques s’ouvrent.

La première voit le jour en 1879, située rue Saint-Georges à Nancy, suivront un point de vente à Lyon, Paris et Cannes.

Mais attention, la production Art nouveau ne s’est pas imposée du jour au lendemain. Elle n’a pas mis un terme à la production courante des artistes, motivés par une sécurité financière et une  limitation des risques. Ils se devaient de toucher une clientèle la plus large possible. 

On peut alors penser que le succès des Majorelle, tout comme des membres de l’École de Nancy, ne résultait que d’une production Art nouveau. Il n’en est rien.

À titre d’exemple, les ateliers Majorelle proposent en parallèle des meubles en vernis Martin avec des décors imitant les scènes du XVIIIe siècle.

Un réseau de distribution ingénieux et international :

Plus étonnant, la Maison Majorelle créa un ingénieux système de distribution de ses meubles via des représentants/marchands, un « retail » qui se révélera très efficace.

Plus de soixante-dix marchands, dispersés dans des centres névralgiques, avaient l’exclusivité de la vente du mobilier Majorelle. On peut citer les frères Taourel, installés à Alger et Oran, un partenariat stratégique pour la diffusion de l’art Lorrain à une élite étrangère.

Le secret de Majorelle : innover, s’adapter à son temps, être curieux de ce qui se fait de mieux. La qualité irréprochable de chacun de ses meubles devient la signature Majorelle. Meubles, mais aussi ferronneries, cette activité lui ouvrira d’autres portes, notamment avec le célèbre verrier de Nancy, Daum frères.

À la fin du XIXe siècle, l’installation de l’électricité ouvre de nouveaux marchés. Ensemble, ils développeront des luminaires et lampes associant le robuste fer forgé et la délicatesse du verre Daum.

En savoir plus sur la cristallerie Daum ?

Une demeure pour sa famille, un vitrine pour son commerce :

La Villa Majorelle, juxtaposant son atelier, était également un emblème commercial, véritable show room-vivant de ce qui se faisait de mieux à l’époque. Cette vitrine des meilleurs artistes Lorrains offrait à Majorelle un atout commercial de choix : les clients pouvaient alors se projeter dans un ensemble entièrement Art nouveau, un must à cette époque.

Dans cette véritable scénographie de la vie, les meubles Majorelle prennent alors tout leur sens.

Ces meubles ne sont pas seuls, non. Ils sont accompagnés d’une multitude de bibelots, caractéristiques de l’Art nouveau. Le bibelot est alors une production courante et abondante au sein de l’École de Nancy. Le but, donner l’illusion du cadre de vie du quotidien.

Plus étonnant, ces bibelots sont même proposés à la vente : le magasin Majorelle de Nancy pouvait fournir à ses clients des pièces en verre ou céramiques.

Enfin, des dessins de meubles ont été découverts sous le papier peint des murs de la villa, illustrant le génie de l’artiste, mais surtout la volonté de préparer un ensemble unique et homogène.

« Sa maison était un vrai support de création avec des mises en œuvres très innovantes »

La salle à manger de la Villa Majorelle figurait à l'époque dans le catalogue de vente :

C’est l’une des pièces maîtresses de la visite de la villa Majorelle à Nancy.

Désormais accessible au public, cette salle à manger « Les Blés » est l’illustration de cet intérêt commercial où siège le mobilier réalisé par Majorelle, aux côtés des luminaires Daum, des vitraux de Grüber à motif de coloquintes.

En savoir plus sur Jacques Grüber ?

Les ateliers Majorelle s'étendaient sur plus de 3500m2 :

Situés rue du vieille Aître qui entoure le pâté de maison, très peu d’informations ont été recueillies au sujet de ses ateliers. Contrairement à l’usine Gallé, aucune photographie ni représentation artistique n’a été réalisée.

Une publication de 1906, parue dans le Bulletin de la Société industrielle de l’Est nous apporte quelques précisions sur l’organisation du travail.

On y apprend une répartition de l’atelier entre chaque spécialité : l’ébénisterie, la marqueterie, la sculpture, le travail du métal …

L’immense atelier présentait une charpente métallique et de grandes baies vitrées.

250 ouvriers s’affairaient à la production chez Majorelle, 300 chez Antonin Daum, un peu plus de 200 chez Gallé, on s’aperçoit que les membres de l’École de Nancy étaient certes à la tête de belles manufactures, mais elles ne rivalisaient pas avec les grandes industries capables de produire en grande quantité, ce que les Allemands savaient très bien faire.

La véritable bataille du XXe siècle était de produire plus, à moindre coût, pour répondre à la demande, mais aussi dans un autre but, faciliter la diffusion du foyer décoratif Lorrain dans le monde.

Louis Majorelle est décédé dans sa chambre à coucher en 1926 :

Cet événement marque le point de départ de la réflexion de restauration.

En effet, le visiteur découvre avec émotion la villa Majorelle dans son état originelle du 15 janvier 1926, année où le célèbre ébéniste quitte ce monde.

Le mobilier de la chambre à coucher de Louis Majorelle avait été acquis par le musée de l’École de Nancy en 1984. Le réaménagement de cet espace s’est fait sous la gouverne des anciennes photos de famille.

Cette chambre renferme un mobilier d’exception, composé d’un lit, d’une armoire, de deux commodes et d’une table de chevet. Exécuté en frêne, avec un placage de la même essence et des incrustations de nacre et de laiton. 

Suite au décès de leur père, la famille Majorelle est contrainte de vendre la maison, ne pouvant plus assurer financièrement son entretien. Jacques Majorelle (peintre orientalisme, fils de Louis Majorelle) cède le domaine familial au ministère des Ponts et Chaussées. L’atelier Majorelle ferme définitivement ses portes en 1931.

Un restaurant Art nouveau près de la Villa Majorelle :

Pour clôturer votre découverte de l’Art nouveau, nous vous conseillons vivement de déjeuner à l’Excelsior, authentique chef-d’oeuvre de l’École de Nancy.

Situé à 6 minutes en voiture, 15 minutes à pied de la villa Majorelle, cette brasserie typique de la Belle Époque fut construite en 1911 par l’architecte Lucien Weissenburger.

L’intérieur de la brasserie est le résultat de l’oeuvre de Louis Majorelle, Jacques Grüber et Antonin Daum. L’ornementation florale est très présente, sublimé par de magnifiques verrières.

On y mange une cuisine française, mais cette brasserie est avant tout réputée pour ses fruits de mer : huîtres, bulots, crevettes, langoustines, crabes et homards. Bon appétit !

Où se trouve la Villa Majorelle à Nancy 😕

La Villa Majorelle se situe au 1 Rue Louis Majorelle, à Nancy.

L’accessibilité de la Villa est renforcée. Un élévateur permet aux personnes à mobilité réduite de découvrir le rez-de-chaussée.

Les infos pratiques et réservation de la Villa Majorelle :

Ouverture de la villa Majorelle :

  • Du mercredi au dimanche
  • Le matin de 9h à 12h pour les groupes
  • L’après-midi de 14h à 18h pour les visiteurs individuels

Attention, veuillez à réserver votre visite => villamajorelle-nancy.tickeasy.com/fr-FR/billetterie

Tarif de la visite :

  • 6€ tarif plein
  • 4€ tarif réduit

Compléter votre visite de Nancy :

Pour en savoir plus, découvrez la Villa Majorelle à Marrakech (Maroc), oeuvre de son fils, Jacques Majorelle :

Tout comme son père, Jacques Majorelle étudie aux Beauts-Arts de Nancy.

Il l’accompagne dès son plus jeune âge dans ses ateliers, et se sensibilise aux courbes de l’Art nouveau.

Une maladie pulmonaire va l’obliger à quitter la France afin de rejoindre un pays chaud et sec. Jacques Majorelle dépose ses valises en Égypte, puis au Maroc, à Marrakech. Il y fait construire en 1929 une villa-atelier d’artiste, du style Art déco, à laquelle est adossée un superbe jardin botanique d’un hectare (1931).

Depuis 2011, celle villa est labellisée Maison des Illustres. Célèbre pour son “Bleu Majorelle”, créé en 1937, il recouvre l’ensemble des murs de la Villa, ainsi que le jardin pour en faire une oeuvre singulière, ouverte au public depuis 1947.

Ville de Jacques majorelle Marrakech

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5 réponses

  1. Après une scolarité à Nancy, j’ai quitté la Lorraine pour mon travail. En retraite maintenant, je suis revenue dans les Vosges habiter la maison familiale. J’ai besoin maintenant de mieux connaître la Lorraine et d’en découvrir ses valeurs.

  2. C’est notre fils participant à un échange de lycées franco-allemand dans les Vosges’ emballé par sa visite à Nancy qui nous a forcé à y venir. Après une semaine de vagabondage dans la ville et la visite de la Villa Majorelle en privé , nous avons découvert la Lorraine. Et pendant ce même séjour avons décidé d’y acheter une maison secondaire. Pendant plus de 25 ans nous avons fait des aller et retour France-Allemagne, Allemagne-France et depuis 2009 retraités nous habitons la Lorraine qui nous a conquis par Nancy .

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