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Les chefs-d’oeuvre de Bernard Perrot de la verrerie royale d’Orléans (1640-1709)

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Bernard Perrot, ça sonne plutôt français. Il n’en est rien. De son vrai nom Bernado Perrotto, ce jeune homme est italien. Venant tout droit d’Altare, centre verrier rival de Murano, Bernard Perrot part à la conquête de l’Europe. Il finira par s’installer à Orléans pour y fonder sa verrerie, fort de ses expériences glanées durant sa jeunesse.

Venise et Altare, deux centres verriers rivaux :

Nous savons que les prémices de l’art verrier remonte à loin, très loin. Les précurseurs d’Egypte et de Mésopotamie (dernier siècle avant l’ère chrétienne, ce territoire correspond aujourd’hui à l’Irak) fabriquaient des pâtes de verres multicolores, transformées en bijoux, bracelets ou colliers. L’une des plus anciennes découvertes remonte à 1551 avant J-C, dans la tombe d’Amenhotep.

Quoi qu’il en soit, il faudra attendre le XI siècle pour que Venise s’impose comme un centre verrier incontournable. La verrerie vénitienne étend son aura à travers tout l’Occident. Il n’y a plus de doute, la verrerie de luxe est italienne, plus particulièrement vénitienne.

Le centre verrier de Venise sera déplacé sur la petite île de Murano suite aux nombreux incendies qui ravagèrent la ville. En effet, usine à feu et constructions en bois ne font pas bon ménage à l’époque.

Au XVe siècle, l’art de la verrerie s’étend à Altare, petit bourg italien, situé à 450 kilomètres de Venise.

Rival de la Sérénissime et de son “verre de Murano”, Altare va jouer un rôle majeur dans la diffusion des techniques verrières à chaud dans toute l’Europe et en particulier en France.

Alors que les verriers de Murano avaient interdiction de quitter le territoire, sous peine de mort (il fallait éviter la divulgation des secrets), les verriers d’Altare, eux, étaient libres de voyager.

Et ça change tout. Pour les Altarais, c’est même une tradition. Cette migration massive a pour but de faire vivre la communauté, d’avoir des rentrées d’argent sur le territoire, et pourquoi pas d’y établir de nouvelles verreries tout en y faisant travailler la famille.

Bernardo Perrotto est l’un deux. Né en 1640 à Altare, il fait ses armes aux côtés de son père, lui-même verrier.

Pour accroître les revenus de sa famille, Benardo Perrotto migre vers la France. Il rejoint d’abord la Belgique, puis fait escale à Paris, avant de s’établir à Orléans.

La France accueille un verrier de grand talent. Et ce n’est pas un cas singulier.

L’art verrier en France est le résultat d’un transfert de savoir-faire et de technique venant tout droit d’Altare. Nous avons déjà développé ce sujet dans notre article : le verrier au Moyen Âge.

En 1668, Bernardo Perrotto fonde la verrerie d’Orléans :

À proximité de Paris, la création de la verrerie d’Orléans s’opère dans un espace idoine : proche des sources de matières premières telles que le bois et le sable (en savoir plus sur la composition du cristal).

Le 7 décembre 1668, Benardo Perrotto reçoit des lettres patentes du roi Louis XIV son droit et privilège de développer une verrerie. Accompagné de ses associés, qui apportent tout deux plus de douze milles livres sur la table, l’aventure peut alors commencer.

Privilèges sur privilèges, les revendications de Benardo Perrotto :

Fort de ses inventions, Benardo Perrotto va les protéger par un demande de privilège.

C’est chose commune pour les verriers Altarais voyageant dans les pays européens. La demande de privilège, souvent faite au Prince du royaume, concerne deux aspects :

  • Le monopole de la production et de l’exploitation, issu d’une technique.
  • L’exemption de toutes taxes sur les matières premières (également accordé aux verriers français par le Duc de Lorraine en 1448, la verrerie de Portieux en a grandement profité).

Benardo Perrotto, bénéficiant du statut de gentilhomme verrier, reçoit le privilège de revendication de ses inventions. Il obtient également une exclusivité de production pour la ville d’Orléans en 1671.

Ces privilèges accordés par le roi Louis XIV fondent la stratégie commerciale du verrier : développer sa notoriété sociale, s’imposer comme un grand inventeur !

Benard Perrot et ses secrets de fabrication :

C’est ici l’une des grandes qualités du verrier. Tout au long de sa carrière, Bernad Perrot est décrit comme un inventeur, chercheur déterminé à poursuivre ses innovations dans la fabrication du verre (ça nous rappelle un certain Émile Gallé).

La production de Perrot à Orléans respectera la tradition du travail à chaud, issue des verriers d’Altare et de Murano. Curieusement, le cristal sublimé par l’ornementation, à l’instar de la taille et la gravure, n’est pas au coeur de la création.

Au XVII et XVIIIe siècle, les goûts des Français restent figés. Pour Louis XIV, le cristal n’est qu’un substitut au cristal de roche, art d’apparat par excellence, seul habilité à côtoyer la noblesse de l’or et de l’argent.

Peu à peu, les goûts et l’esthétique évoluent, l’Europe se tourne vers la production des verriers de Bohême, maîtres de la taille et de la gravure. Mais la France devra rattraper son retard !

Suivra la création de la cristallerie de Baccarat en 1764, dans le but de concurrencer cette production dominant le marché mondial.

Les boules de feu de terre remplacent le bois :

L’une de ses premières inventions concerne les boules de feu de terre, qui n’est autre que des boules de charbon. Ce nouveau combustible, remplaçant l’utilisation du bois, lui vaudra l’obtention d’un privilège exclusif du roi pour trente ans, le 18 septembre 1666. Ce privilège lui offre la naturalisation française.

Bernardo Perrotto devient Bernard Perrot !

Le verre rouge rubis :

Bernard Perrot est également célèbre pour son utilisation du verre rouge, un mystère pour l’époque. Des questions subsistent toujours, a-t-il inventé la formule, ou a-t-il obtenu ce secret de part ses associés ?

Sa première expérimentation révèle un rouge associé à l’arsenic. Après 1681, il semble qu’une nouvelle formule permet d’obtenir un rouge rubis, par addition d’or dissous dans de l’eau régale.

Ce cristal rubis tant apprécié de nos jours se révèle l’une des stars de nos bracelets en cristal rouge.

Pour en savoir plus sur cette histoire et les précédés utilisés, je vous invite à lire l’article dédié : la couleur du cristal.

Pièce de surtout, enfant surmontant un tonneau, levant un flacon rempli de vin

Le verre coulé en tables :

L’une des plus importantes inventions de Bernard Perrot de la verrerie d’Orléans fut la coulée du verre sur table. Présentée à l’Académie des sciences en 1687, ce procédé sera repris par la Manufacture royale des glaces. En effet, la technique permet de créer des glaces à miroir.

Bernard Perrot obtient son exclusivité en 1688.

Cette technique est illustrée sur la célèbre suite de médaillons figurant le buste de Louis XIV et celui de son frère Philippe, duc d’Orléans.

Benard Perrot avait une femme, mais pas d’enfant :

Bernard Perrot de la verrerie royale d’Orléans se marie à Marie Clouet, de quinze ans son aînés, une belle française originaire de Pontoise. Son rôle au sein de la verrerie consiste à jouer des relations publiques.

Malgré l’absence d’enfant, le couple met en place une stratégie pour transmettre la verrière royale d’Orléans. Toujours selon la tradition, l’entreprise sera dirigée par deux Altarais, qui ont épousé les nièces de Marie Clouet.

Rendez-vous au Musée historique et archéologique de l’Orléanais pour découvrir les chefs-d’oeuvre de Bernard Perrot :

Situé au 21 Rue Sainte-Catherine, à Orléans, les visiteurs découvrent plus de deux cents pièces réalisées au sein de la verrerie royale d’Orléans par Bernard Perrot sous le règne de Louis XIV.

La rareté des pièces connues à ce jour de Benard Perrot explique son anonymat plus prononcé que d’autres verriers comme Muller, Gallé ou encore Daum. Malgré les technologies modernes d’analyse physico-chimique des pièces, il n’est pas aisé d’établir une paternité et encore moins un ordre chronologique.

L’oeuvre de Bernard Perrot témoigne d’une grande diversité, tant par les formes, fonctions, que par les techniques utilisées. On retrouve ainsi des vases, des aiguières, des flacons, des surtouts de table …

Des archives indiquent que Perrot travaillait également le flacon hygiéniste. En effet, les parfumeurs du XVIIe siècle était avant tout des pharmaciens. La notion de propreté était bien différente, reposant sur la conception d’une “purification” contre les mauvaises odeurs.

Le parfum, avait alors un rôle majeur dans l’hygiène interne, au même titre que la saignée et la purgation.

Les divers huiles parfumées reposaient dans de petites fioles en verre. Pour en savoir plus, je vous invite à découvrir notre article “les chefs-d’oeuvre du Musée du flacon de parfum“.

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Flacon de parfum du XVIII, cristal français

Vous possédez l’une de ses oeuvres, mais un doute persiste ? Contactez ces deux experts :

  • Benard Dragesco
  • Sylvie Lhermitte-King

Enfin, découvrez l’ouvrage de référence, Bernard Perrot, secrets et chefs-d’oeuvre des verreries royales d’Orléans.

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